Eglise Protestante Unie de Nîmes
Eglise Protestante Unie de Nîmes

                       AG 2018 Rapport moral                                           Présentation :

Pour l'Assemblée Générale, j’ai décidé de scinder mon rapport en deux parties :

 

 

  • L’une écrite, qui vous a été donnée au moment de l’émargement. Il s’agit d’un rapport d’activités à propos duquel vous pourrez me poser toutes les questions que vous souhaitez à la fin de mon intervention. Bien qu’encore trop long à mon goût, il est volontairement non exhaustif afin d’en permettre la lecture la plus cursive possible.

  • L’autre, que je vais vous exposer maintenant, a plutôt pour objet de lancer quelques pistes de réflexions en vue de l’établissement d’une feuille de route pour notre Église.

 

Si vous avez pris le temps de parcourir le rapport d’activité qui vous a été remis, vous ne pouvez que constater la lente érosion que nous subissons et qui semble plus structurelle que conjoncturelle.

En effet, comme l’a bien montré une étude notre trésorier, Peter Stafford, depuis 2010 le nombre de foyers impliqués dans la vie financière de l’Église ne cesse de diminuer (33% de perte en 7 ans). Si l’on remonte plus loin dans le temps, le constat est encore plus alarmant.

 

En 1990, il y avait 1526 foyers cotisants

 

En 2000 plus que 1157 foyers cotisants

 

En 2017 il ne reste plus que 564 foyers cotisants.

 

Soit environ une division par 3 du nombre de foyers cotisants en 27 ans. Or, nous le savons, le montant que nous sommes capables de verser chaque année à la région correspond approximativement à la totalité des offrandes nominatives.

Il nous est de plus en plus difficile de faire face. Cela a bien entendu des répercussions importantes que Peter Stafford développera lors de son rapport financier.

 

 

Cette approche purement statistique et comptable de notre réalité donne le désagréable sentiment que notre communauté s’étiole inéluctablement. Tous les efforts entrepris, et ils sont importants et constants, semblent impuissants à stopper un irréversible déclin !

 

Plutôt que de se laisser aller à un découragement délétère, peut-être est-il important d’essayer de comprendre pourquoi il en est ainsi afin d’en tirer les leçons.

Dans un premier temps, je vais rappeler ce que nous disait, lors de son message au Synode régional de novembre 2017, le pasteur Jean-Pierre Julian, Président de notre Conseil régional. Il faisait le constat que nous vivons dans une société du « moi-je hypertrophié ». Cela ne fait qu’accroître la tendance naturelle de l’homme qui, selon Pierre Prigent, « incline naturellement au service de soi et non de Dieu », cédant ainsi de plus en plus facilement à sa tendance naturelle à  «  n’agir que pour sa propre satisfaction et à considérer qu’il est bon qu’il en soit ainsi ». Dans un tel contexte, notre compréhension de l’Évangile et notre tradition font que « nous nous inscrivons dans une autre perspective que celle des idéologies dominantes ». Et de rappeler que la foi est un combat dont il importe que nous soyons clairement conscients.

 

Alors est-il légitime que nous ramions ainsi à contre-courant ?

Dans un monde qui change de plus en plus rapidement, reste-t-il une place pour l’annonce de l’Évangile ?

Cette annonce doit-elle se poursuivre de façon immuable ou doit-elle coller d’avantage aux problématiques qui sont les nôtres ?

Il n’est pas besoin d’être un grand théologien pour savoir que les préoccupations spirituelles et les angoisses des hommes qui étaient celle du temps de Luther ou de Calvin, n’ont plus rien à voir avec les nôtres.

Nous ne sommes plus vraiment obsédés par l’idée de l’enfer et de la mort qui étaient la grande préoccupation de l’homme du seizième siècle.

Nous avons plutôt tendance à la gommer, voire à la cacher sous le tapis, comme si elle n’était pas notre lot commun à tous.

Bien sûr, notre première et principale mission reste celle de notre édification mutuelle dans la foi, en Église, par la lecture et la méditation de la Bible.

Notre autre grande mission consiste en l’accompagnement et le soutien de ceux qui vivent des heures de doute et d’angoisse, quelle qu’en soit la raison : solitude, maladie, vieillesse, privation de liberté, perte du sens de la vie, exil et que sais-je encore.

Je crois qu’avec les modestes moyens qui sont les nôtres nous le faisons plutôt bien.

Cependant savons-nous répondre à d’autres préoccupations plus sourdes, plus impalpables et pour ces raisons même, plus angoissantes qui pourtant sont celles de nos contemporains ?

 

Car les sujets d’angoisses ne manquent pas et les défis que nous avons à relever sont nombreux :

 

  • Défis sociétaux : dans un monde qui crée de plus en plus de richesses, l’écart entre les plus riches et les plus pauvres ne cesse de croître. Faut-il accepter cela comme la rançon à payer au progrès ?

  • Défis éthiques : lors d’une récente intervention à Nîmes ; Marion Muller-Colard, la représentante de l’Église protestante unie de France au Comité Consultatif National d’Éthique, expliquait qu’actuellement le niveau des connaissances médicales double tous les cinq ans. Les enjeux éthiques que cela pose sont considérables et nous devons nous exprimer et participer à ce vaste débat.

  • Défis écologiques : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’homme a atteint la capacité de s’autodétruire, mais également avec lui de détruire l’ensemble de la création. Il ne s’agit pas là de spéculations purement théoriques, mais bien d’une triste réalité. Nous tirons actuellement chaque année de la terre bien plus que ce qu’elle est capable de régénérer. Comment réorienter notre façon de vivre pour que cela cesse ?

  • Défis démographiques : l’homme laissera-t-il une place sur terre aux autres créatures que lui ? Peut-il légitimement laisser de plus en plus d’espèces disparaître du fait de sa prédation de plus en plus galopante ?

  • Défi migratoire avec son lot de stigmatisation et d’ostracisme. Cet espace contraint qui est le nôtre, comment l’organiser pour que chacun puisse vivre dignement là où il est né ? Quel accueil pour l’autre, l’étranger, celui qui fatalement à un moment ou l’autre est dérangeant ? 

  • Une éthique de responsabilité : des uns vis-à-vis des autres mais également vis-à-vis de la création et des créatures qui se la partagent. Nous devons comprendre que nous ne pourrons pas impunément en être les bénéficiaires exclusifs.

  • Une éthique de solidarité : La société du « moi je hypertrophié » ne peut nous conduire qu’à une impasse. Il faut oser le dire et combattre cette tendance naturelle de l’homme, même si cela n’est pas dans l’air du temps.

  • Une éthique de bienveillance : bienveillance vis-à-vis de nous-mêmes, tirée de l’assurance que nous avons d’être aimés de Dieu, mais également et surtout vis-à-vis des autres, tous ceux que nous avons du mal à aimer, afin que nous sachions trouver en eux les frères avec qui nous sommes appelés à vivre et partager cette terre.


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    Au total c’est bien à une inversion des paradigmes qui gouvernent le monde que nous sommes appelés à œuvrer. Nous ne sommes pas les seuls, à travers le monde, bien d’autres femmes et hommes mènent ce même combat. Nous devons apporter notre pierre, aussi petite soit-elle à cette grande œuvre car il y a urgence.

    Notre spiritualité nous conduit à penser que si la grâce de Dieu nous rend libre, elle ne nous soustrait pas à nos responsabilités. Ce monde en devenir, il nous a été confié pour que nous sachions le magnifier dans le plus grand respect de ce qui nous a été donné. En effet, quelles conséquences éthiques tirer de la méditation de la Bible   .

  • Nos contemporains, autant que nous-mêmes, sont en quête d’une spiritualité qui les incite à se poser des questions, qui, outre celle du sens de leur propre vie, touche au sens et à l’avenir du monde. Nous avons sur tous ces points, sinon des réponses toute faites, tout au moins une façon de les aborder qui est riche de sens. Cette façon d’agir et de penser est susceptible d’intéresser nombre de ceux qui nous entourent. Il faut le leur faire connaître, car, outre l’importance que cela revêt, nous savons bien que le renouvellement de nos forces vives se fait moins par filiation que par adhésion.

  • Voilà pourquoi, nous devons nous donner les moyens d’être audibles.

    -a) Intensification de notre présence dans la ville et dans le monde :

    - Beaucoup est déjà fait, mais cela peut encore être amélioré. Un travail important est en cours de réalisation pour améliorer nos outils de communication. Je pense en particulier à notre site.

    - Le speakafé : rencontres réalisées hors nos murs, à l’initiative du Conseil de paroisse de la Fraternité, elles sont une occasion d’échanges avec tous ceux qui, venant d’horizons très divers, ont des préoccupations spirituelles différentes des nôtres. Cette initiative a besoin d’être soutenue par l’ensemble de l’Église. Hélène Garrel qui en assure la logistique ainsi qu’Iris Reuter qui anime ces rencontres ont besoin de notre soutien. Vous pouvez contacter Hélène Garrel au 06 52 46 10 72 si ce sujet vous intéresse.

    - Le projet Petit Temple : contrairement à ce qui se dit ici ou là, ce projet est plus que jamais d’actualité, car le Conseil presbytéral le considère comme un outil majeur de rencontre et de communication pour les décennies à venir. Il doit répondre à sa double vocation d’être à la fois un lieu cultuel et culturel avec les obligations qu’impose l’accueil d’un large public. Une difficulté est apparue liée au fait que l’ensemble du bâtiment est classé à l’inventaire national des monuments historiques. Le projet initial des architectes Nègre et Mary doit être agréé par la DRAC. Cela a imposé diverses rencontres. Sur demande de la DRAC, un diagnostic architectural et sanitaire du bâtiment, pratiqué par un architecte du patrimoine a été demandé. Ce travail a été confié à Monsieur Antoine Bruguerolle. Une documentation sur tous les travaux effectués depuis que ce temple nous appartient, c'est-à-dire depuis plus de 2 siècles, a été demandée. Ces recherches ont été effectuées par messieurs Marc Rouger et Jean-Luc Aldebert que nous pouvons chaleureusement remercier. Parallèlement, un diagnostic de l’état des boiseries a également été pratiqué. Des contacts ont été pris entre M. Bruguerolle et notre cabinet d’architecte. Suivra une négociation avec la DRAC qui devrait permettre de lever les verrous encore présents pour que les travaux puissent se faire. Selon Monsieur Bruguerolle cela devrait donc être l’affaire d’encore quelques mois. Bien entendu toutes ces études préliminaires ne sont financées que par des dons dédiés au projet dit « Petit Temple » afin de n’obérer en rien l’état de nos finances. Lorsque la situation avec la DRAC sera d’avantage débloquée nous prévoyons de faire un large appel financier pour renforcer le financement du projet.

    - b) Dialogues avec les autres religions : facteur indiscutable de paix entre les hommes, avec le CNEC (Comité nîmois des Églises Chrétiennes) et le CIRN (Comité interreligieux nîmois) un dialogue fécond se poursuit. Nous espérons pouvoir restaurer un dialogue confiant avec les Églises évangéliques. Espérons que des liens forts pourront être renoués dans le respect mutuel de nos différentes spiritualités.

    - c) L’Église verte : faute de temps et de moyens, voilà bien un des aspects de notre vie d’Église qui reste toujours sous le boisseau. Pourtant cette préoccupation est déjà ancienne chez beaucoup de nos paroissiens. Ce n’est pas un hasard si l’une des conférences de printemps a été, cette année consacrée, au thème de l’écologie. Plusieurs personnes m’ont contacté à ce propos. J’espère que nous pourrons très prochainement prendre une initiative décisive pour lancer ce projet.

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    Cette réflexion vous aura, j’espère convaincu, s’il en était besoin, que nous avons toujours un message important à délivrer au monde. Les difficultés ne doivent pas nous rendre trop frileux et nous inciter au repli car nous y perdrions notre âme. Avançons avec confiance en nous souvenant que « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer » comme aurait dit en son temps Guillaume d’Orange.

    Ce combat qui est le nôtre est un bon combat car je crois fermement qu’il s’inscrit dans le projet de Dieu pour l’homme. Plus que jamais, en effet, sont vraies ces paroles du chapitre 30 du livre du Deutéronome :

    «  J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie afin que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu et en t’attachant à Lui : c’est Lui qui est ta vie, la longueur de tes jours pour que tu habites sur la terre.. »


     


     

    Je vous remercie de votre attention.

    Bernard Cavalier.


     

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